Mare & miasmes : la généralisation des citernes

Territoire
Commune de Routot

Description
La mare com­mu­nale située à côté de la halle de Routot a dis­paru, occu­pée aujourd’­hui par un square public. En fait, elle a été rem­pla­cée par une citerne enter­rée sous l’es­pace vert. Ce type d’in­ter­ven­tion, assez rare, s’ex­plique sans doute par une appli­ca­tion locale des théo­ries urba­nis­tique issues du mou­ve­ment hygiéniste.

La mare, certes indis­pen­sable à l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en eau, n’en demeu­rait pas moins un dan­ger poten­tiel pour la santé publique. Eau “morte”, récep­tacle de diverses salis­sures, d’o­ri­gine humaine ani­male ou végé­tale, elle exha­lait en période de basses eaux de désa­gréables éma­na­tions putrides.

La fin du 19ème siècle a ainsi vu les ter­ri­toires de pla­teau se cou­vrir de citernes enter­rées. Si la citerne com­mu­nale de Routot reçoit prin­ci­pa­le­ment les eaux plu­viales de voi­rie, le suc­cès des citernes pri­vées est lié à la col­lecte des eaux des toi­tures. Mais cet usage induit le recours sys­té­ma­tique de gout­tières et ne put se géné­ra­li­ser qu’à la faveur du déve­lop­pe­ment de l’in­dus­trie du zinc laminé.

Sous réserve de net­toyages régu­liers, les citernes garan­tis­saient une eau peu pol­luée, sou­vent réser­vée à la consom­ma­tion humaine. Il est à remar­quer que la citerne de Routot est tou­jours en usage et qu’elle per­met l’ar­ro­sage des espaces verts com­mu­naux sans recours au réseau d’eau potable.

Une tentative originale de modernisation du lavoir communal

Territoire
Commune d’Irreville

Description
L’abandon des mares fut pro­gres­sif. L’une de ses étapes peut s’illus­trer avec ce très ori­gi­nal élé­ment du patri­moine de la com­mune d’Irrevile. Il s’a­git d’une fon­taine /​lavoir des années 30 (photo 1), dont l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en eau dépen­dait d’une citerne sou­ter­raine (ali­men­tée par les eaux plu­viales de la toi­ture ?) cou­ron­née d’une pompe à bras. L’objet archi­tec­tu­ral est remar­quable par sa sil­houette, par les maté­riaux uti­li­sés (maçon­ne­rie de bloc de béton, béton armé, tuiles méca­niques) et le soin apporté aux détails fonc­tion­nels. La pompe est sur­éle­vée pour s’a­dap­ter aux dimen­sions des tonnes à eau et le “mini” châ­teau d’eau per­met­tait cer­tai­ne­ment le rem­plis­sage par robi­net des cuves de lavage.

Mais comme les mares, ce mani­feste de la moder­nité d’a­vant-guerre a vu son uti­lité dis­pa­raître avec les pro­grès du cir­cuit de dis­tri­bu­tion de l’eau.

Sur les pla­teaux eurois, les années 50 et 60 furent une période de grands tra­vaux : forages pro­fonds, pompes de rele­vage, châ­teaux d’eau et cana­li­sa­tions per­mirent d’a­li­men­ter chaque loge­ment indi­vi­duel­le­ment. Une mini révo­lu­tion s’o­pé­rait en silence. Du sta­tut de res­source pré­cieuse néces­si­tant d’in­fi­nies pré­cau­tions d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, l’eau deve­nait un bien ordi­naire dont même le gas­pillage deve­nait pos­sible. L’une des dif­fé­rences essen­tielles qui sépa­rait ville (dans les val­lées) et cam­pagne (sur les pla­teaux) s’es­tom­pait également.

Il est à remar­quer que cet élé­ment archi­tec­tu­ral aty­pique connut lui-même la dis­grâce : le châ­teau d’eau est aujourd’­hui détruit et le bâti­ment ne res­semble plus qu’à un clas­sique lieu de stockage.

Le coup de grâce : pompage et adduction d’eau

Territoire
Commune de la Barre-en Ouche

Description
Une étape déci­sive fut fran­chit quant l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en eau ne dépen­dit plus des eaux de sur­face (plu­viales ou des cours d’eau) mais des eaux sou­ter­raines accu­mu­lées dans les nappes phréa­tiques. Plus de brusques fluc­tua­tions sai­son­nières aléa­toires et par­fois dra­ma­tiques, mais au contraire la garan­tie d’une res­source régu­lière et appa­rem­ment inépuisable.

La capa­cité de forer en pro­fon­deur et l’in­ven­tion de l’éo­lienne de pom­page per­mirent cette avan­cée spec­ta­cu­laire. Les villes et les bourgs des pla­teaux de l’Eure firent appel à ces nou­velles tech­no­lo­gies à la fin du 19ème siècle : Saint-André-de-l’Eure, le Neubourg et, dans l’exemple pré­sent, le bourg de la Barre-en-Ouche (850 habi­tants en 1900). L’ouvrage indis­pen­sable à ce confort moderne est le sujet de la carte pos­tale (illus­tra­tion 1). Il est com­posé de trois élé­ments stric­te­ment ali­gnés sur un axe ver­ti­cal : l’éo­lienne, le réser­voir (châ­teau d’eau) et le puits de forage. La rota­tion de l’hé­lice de l’éo­lienne per­met le mou­ve­ment alter­na­tif de la pompe à pis­ton. La pompe per­met l’é­lé­va­tion de l’eau jus­qu’au réser­voir et celui-ci, situé plus haut que le sol natu­rel, per­met la dis­tri­bu­tion de l’eau par gra­vi­ta­tion à tra­vers un réseau de cana­li­sa­tion irri­guant la ville.

Ce sys­tème fut conservé jus­qu’aux tra­vaux d’élec­tri­fi­ca­tion des cam­pagnes et à la construc­tion de nos châ­teaux d’eau contem­po­rains (illus­tra­tion 2). Le dis­po­si­tif res­tait sen­si­ble­ment le même mais l’éner­gie l’élec­trique libé­rait les ins­tal­la­tions de leurs der­nières contraintes (l’ab­sence de vent, la néces­sité de super­po­ser forage et réser­voir) et décu­plait les quan­ti­tés d’eau à fournir.