Le génie du lieu est une notion sub­tile sou­vent mal aisée à appré­hen­der. Comment un sol et un ciel par­ti­cu­lier ont pu géné­rer au fil des siècles une har­mo­nie dif­fuse mais insis­tante entre l’ensemble des élé­ments façon­nés par l’homme. Et quels sont les signes et les mani­fes­ta­tions qui révèlent cette entente ?

Sur le ter­ri­toire du Vexin nor­mand, les grandes fermes s’imposent spon­ta­né­ment comme un médium pri­vi­lé­gié. L’architecture agri­cole est cou­tu­mière du genre. Si ailleurs l’accent est géné­ra­le­ment porté sur la maté­ria­lité d’une archi­tec­ture ver­na­cu­laire qui exploite habi­le­ment chaque res­source du ter­roir et s’adapte aux contraintes spé­ci­fiques du lieu, les grandes fermes du Vexin sont monu­men­tales et rigou­reuses. Elles entre­tiennent un rap­port plus dis­tan­cié avec leur envi­ron­ne­ment et pré­sentent une archi­tec­ture plus concep­tuelle, struc­tu­rée autour de prin­cipes éton­nam­ment modernes de ratio­na­li­sa­tion du tra­vail agri­cole. C’est cette carac­té­ris­tique qui, même si elle existe ponc­tuel­le­ment sur d’autres corps d’exploitation des pla­teaux agri­coles de l’Eure, fait de ces fermes un élé­ment pré­cieux du patri­moine départemental.

Ce tra­vail de recherche s’attache au contexte his­to­rique qui a pro­duit cette archi­tec­ture pour en com­prendre les carac­té­ris­tiques typiques. Cette étude n’est pas celle d’un his­to­rien, c’est l’œuvre d’architecte et de pay­sa­giste dont le pre­mier outil d’investigation est le regard.

L’observation per­met de redé­cou­vrir un patri­moine dont l’opulence cache ses déli­ca­tesses et ses fra­gi­li­tés. Un mémento illus­tré recense, élé­ment par élé­ment, ces petites sur­prises du quo­ti­dien qui donnent sa valeur à toute archi­tec­ture soi­gnée. La gran­deur des fermes du Vexin repose en effet sur la somme d’innombrables détails archi­tec­tu­raux qui magni­fient les innom­brables gestes accom­plis pour pro­duire tou­jours plus et tou­jours mieux.

Que faire aujourd’hui de ces bijoux de pré­ci­sion pay­sanne ? Ce tra­vail de recherche révèle éga­le­ment les ménaces qui pèsent sur ce patri­moine issu d’une agri­cu­ture aujourd’hui révo­lue. Des exemples montrent qu’il est pos­sible de conser­ver et de réin­ves­tir ces lieux. Chacun à sa façon témoigne d’une ambi­tion reven­di­quée et, sou­vent, de l’importance d’une reflexion col­lec­tive intel­li­gente et auda­cieuse que le CAUE27 peut ini­tier et accompagner.

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