Réinvestir le bâti de la Reconstruction

Mission : Conseil
Type d’action : Conseil en stratégie, projets transversaux

L’espace de la Reconstruction, c’est le territoire des centres villes anciens. Dans le département de l’Eure, il s’agit d’une quarantaine de sites réédifiés au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Cette situation n’indiffère pas le CAUE27, dont l’une des missions est d’identifier les territoires et de donner à comprendre les lieux et les urbanités, leurs spécificités urbanistiques et architecturales. Le CAUE27 pose en outre sur les centralités un regard particulier, lié à l’enjeu que leur revitalisation représente vis-à-vis de la mutation urbaine que l’urgence climatique et la surconsommation des terres agricoles commandent.

La Reconstruction, un espace à vivre

Il faut le redé­cou­vrir et le ré-enchan­ter pour réus­sir cette trans­mu­ta­tion urbaine. Lui appor­ter un regard nou­veau : valo­ri­ser ces ensembles remar­quables tout en les bana­li­sant, les moder­ni­ser des meilleurs cri­tères de confort et d’accessibilité, les réno­ver simul­ta­né­ment à la requa­li­fi­ca­tion des espaces publics, les incor­po­rer dans un nou­vel envi­ron­ne­ment de qua­lité. Leurs atouts de site, de den­sité, d’image, de taille, de variété archi­tec­tu­rale, de qua­lité construc­tive, sont nom­breux pour augu­rer d’une telle ré-habi­ta­tion. Et le trai­te­ment de leurs espaces publics, allé­gés de l’automobile, dévoile leur urba­nité, leur rési­lience, le charme de leur par­cours. Et leurs façades réno­vées leur redonnent un éclat bluf­fant. Le CAUE27 apporte d’ailleurs son conseil à la Ville d’Evreux sur ce sujet, avec l’ABF France Poulain.

Infographie CAUE27 © J. Sibert (CAUE27)
Vernon reconstruction – ISAI de l’îlot Pasteur et sa façade © I. Gosselin (CAUE27)
Picquigny : Maison éclusière reconstruite – grès cérame © I. Gosselin (CAUE27)

La Reconstruction, un bâti de qualité à actualiser

Le parc immo­bi­lier des villes recons­truites réa­lisé sur des dom­mages de guerre et maî­trise d’œuvre pri­vée a béné­fi­cié de l’encadrement de l’État, qui a incité à amé­lio­rer consi­dé­ra­ble­ment la qua­lité des loge­ments : lumière, aéra­tion, pièces d’hygiène/salles d’eau, buan­de­rie et sani­taires, taille des pièces ou encore inté­gra­tion de nou­veaux équi­pe­ments. On a vu ainsi appa­raître les dis­po­si­tifs d’habiter qui sont encore en vigueur aujourd’hui : le séjour, la cui­sine aux équi­pe­ments stan­dar­di­sés, les ran­ge­ments inté­grés, la sépa­ra­tion jour-nuit et les pro­lon­ge­ments exté­rieurs (bal­cons, log­gias, locaux de ser­vices ou techniques).

Principales carences pour l’habitabilité d’aujourd’hui : l’isolation ther­mique, l’absence de gaines tech­niques. S‘y ajoute l’obsolescence tech­nique : élec­tri­cité, ven­ti­la­tion, équi­pe­ments sani­taires et de cui­sine, mode de chauf­fage, éva­cua­tions défaillantes et acces­si­bi­lité non pro­gram­mée. Le CAUE27 par­ti­cipe à cette éva­lua­tion et pro­pose celle de l’accessibilité. L’avantage est qu’il repré­sente un bâti homo­gène, et qu’il peut être la base effi­cace d’un pro­gramme de réno­va­tion immo­bi­lière et urbaine à l’échelle locale comme nationale.

La clé peut être l’aide à l’isolation ther­mique, mais éclai­rée des spé­ci­fi­ci­tés de cette archi­tec­ture consti­tuée de mul­tiples maté­riaux, aux typiques enca­dre­ments de baies saillants, et qui donc ne se prête pas à l’isolation ther­mique par l’extérieur. Une iso­la­tion par l’intérieur aurait l’avantage de trai­ter plus com­plé­te­ment la pro­blé­ma­tique du recon­di­tion­ne­ment des loge­ments (en asso­ciant ther­mique et acous­tique – autre gros pro­blème de cet immo­bi­lier, cloi­sons, gaines et portes palières). Réinvestir un appar­te­ment de la recons­truc­tion, c’est avant tout res­ter ou se (ré)installer en ville. Et la réno­va­tion peut s’appuyer sur des carac­té­ris­tiques favo­rables : taille des pièces, qua­lité des maté­riaux, dis­tri­bu­tion fonc­tion­nelle, pos­si­bi­lité de remo­de­lage des plans, lumière ou encore vues. Et la ville. Le CAUE27 par­ti­cipe à l’étude de l’O.P.A.H. r.u. (Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat-Renouvellement Urbain) d’Evreux en vue de requa­li­fier ce bâti.

La Reconstruction, marqueur d’un temps de renouveau

La Reconstruction a créé les formes archi­tec­tu­rales les plus sophis­ti­quées : rotondes, façades courbes, porte-à-faux, toi­tures savantes, esca­liers sculp­tu­raux. Elle a éga­le­ment uti­lisé les tech­no­lo­gies les plus avan­cées : fon­da­tions pro­fondes, pré­fa­bri­ca­tions, ins­tal­la­tions sani­taires géné­ra­li­sées, chauf­fage col­lec­tif. Elle nous lègue un parc bâti construc­ti­ve­ment sain, avec des pres­ta­tions spa­tiales attrayantes pour être ré-habi­tée. C’est un patri­moine ainsi qu’une leçon pour le pré­sent. Il est à pré­ser­ver et à sau­ve­gar­der, mais aussi à faire vivre, en l’adaptant aux besoins contemporains.

Grès cérames, briques et pavés de verre, fer­ron­ne­ries, bétons pare­men­tés, mou­lés, gré­sés, bou­char­dés, pierre de taille ou de pla­cage, Cimentolithe, sols de gra­nito, etc. : ses maté­riaux remar­quables et nobles asso­ciés à ses mises en œuvre vir­tuoses consti­tuent un défi à rele­ver pour les entre­te­nir et les répa­rer. Les entre­prises ont à inven­ter de nou­veaux sec­teurs d’activité sur ce point. Et le mar­ché est vaste, bien­tôt étoffé par le parc des années 1970 – 1990. Le CAUE27 inter­pelle les col­lec­ti­vi­tés, croise ce besoin avec les atten­dus patri­mo­niaux de la label­li­sa­tion des villes recons­truites de Normandie, et émule les orga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nelles du bâti­ment au sujet de l’urgence de la for­ma­tion spé­ci­fique sur ce bâti.

La Reconstruction s’illustre à travers le recours à des matériaux et à des savoirs-faire (exemple de la cage d’escalier) © P. Hilaire (CAUE27)

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