|Une fabrique d’hydro-électricité
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Une fabrique d’hydro-électricité

| | | 2019-12-03T13:37:14+01:00Publié le 29 novembre, 2019 |

Roger d’Orglandes – propriétaire d’un barrage hydroélectrique à Heudreville-sur-Eure

Propriétaire d’un barrage sur l’Eure, c’est en 2008, après une visite à Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne, où je découvre un système de vis d’Archimède que je me décide à mener à bien un projet que je nourris depuis quelque temps déjà : produire de l’énergie à partir de mon barrage. Celui-ci a la particularité de se trouver à une petite centaine de mètres d’un manoir du XVIème siècle protégé au titre des monuments historiques.

Un échange avec le constructeur de la vis sans fin allemande m’apprend que celle-ci est ichtyo compatible, c’est à dire que les poissons peuvent passer dans les vis, sans mal. Cette solution semble adaptée pour remplacer les anciennes turbines du barrage qui broient les poissons et nuisent à la continuité écologique de l’Eure.

Je lance mon projet de barrage hydroélectrique en octobre 2008 et me heurte aux aléas administratifs. Les différents services concernés par le projet de barrage (ONEMA, DDTM, DRAC) donnent tous un avis positif, mais la Préfecture demande une étude d’impact. Les différentes études menées ont montré des différences de niveau d’eau dues au barrage qui ont bloqué le dossier durant cinq ans. C’est lors d’un changement de direction de service que le dossier s’est réenclanché et a pu être mené à bien. L’ABF m’a aiguillé sur la conception d’un bâtiment pour la production hydroélectrique qui ne soit « ni une turbine, ni un bâtiment technique, mais une fabrique » au sens des pavillons de jardin du XVIIIe siècle. La proximité du manoir a mené à la réalisation d’un bâtiment technique exemplaire intégré dans le site protégé.

Le projet a vu le jour et produisait en 2019 200kW en période optimale, et sans bloquer ni les poissons, ni les kayakistes (tourisme oblige).

En 2027, pour mener à bien un projet, il faut tirer les leçons de cette expérience, et savoir s’entourer de porteurs de projets enthousiastes, passionnés et un peu utopistes : c’est le jockey qui compte, n’investissez pas sur le cheval, investissez sur le jockey. Et il faut un accompagnateur de projet plus réaliste, avec les pieds sur terre, capable de transformer l’utopie en réalité chiffrée et réalisable.

Et, pour l’après 2027, l’énergie la plus logique, ce serait l’hydrogène, qui était instable dans les années 2010 et horriblement cher à produire, mais qui peut maintenant se produire facilement à partir du méthane et de l’électrolyse de l’eau. Les barrages et les agriculteurs pourront être mis à contribution pour produire cette énergie, et contribuer à développer une économie locale.

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